Le jour tant attendu ! Réveil de bonne heure (ou de bonheur c'est selon), on sait qu'a Bonneville il va faire très chaud (40° C annoncés) et qu'il faut deux bonnes heures de trajet de Salt Lake City.
Nous prenons l'interstate 80 West, cette autoroute traverse le grand lac salé d' Est en Ouest, puis le Nevada en passant par Reno, Sacramento en Californie pour aller jusqu'aux portes de San Francisco. Soit 736 miles (1177 km).
L' interstate traverse une grande partie du lac salé. Cette partie du lac n'est pas asséchée.
Une voie parallèle qui sert aux camions qui transportent le sel extrait des salines.
Voilà la surface complètement asséchée du lac salé, c'est une grande étendue de sel qui s'étale sur 50 miles de large par plus de 100 miles de long. La plaine salée de Bonneville possède une surface de 412 km².
Une station service, implantée juste à l'entrée du Bonneville Salt Flats, arrêt de circonstance car déjà les véhicules présents donnent le ton de ce que nous allons voir et entendre dans quelques minutes.
Un Rod, rouillé à souhait, beaucoup de Hot Rods ont cet aspect rouille, ce style est voulu par les propriétaires pour renforcer le coté vieillot, par contre la mécanique est très souvant au top.
Alors que je prenais quelques photos de rods, un gars passe à coté de moi et me salut, nous entamons une discussion, il me dit qu'il s'appelle Tim et qu'il roule avec une Oldsmobile qu'il a entièrement restaurée, et si je voulais il serait enchanté de poser devant pour un petite photo. Ensuite il m'informe qu'il y a un team Français et qu'ils seraient ravis de rencontrer des compatriotes.
Une superbe Packard, avec un moteur 8 Cylindres en ligne !
Et un compresseur volumétrique...
Encore du goudron, pas pour très longtemps...
Voilà ça y est, nous entrons dans le sanctuaire de la vitesse pure, cette pleine salée, où tous les assoiffés de vitesse de la planète se retrouvent une fois par an pour tenter d'établir des records du monde.
Une seule chose compte, aller le plus vite possible, se laisser enivrer par les allures les plus folles, dans un monde où tout est fait pour tutoyer les sommets du temple de la vitesse qu'est Bonneville.
En 2012, c'est la 64 ème édition de la Semaine de la Vitesse.
Nous découvrons des engins tous plus fous les uns que les autres. Ici tout est permis, du moment que le véhicule respecte les normes de sécurité établies par le SCTA (South California Timing Association), organisme qui gère la Speed Week et officialise les records.
Un classique du custom le "Leadsled", ou luge de plomb. Appelé ainsi car ont a l'impression que le véhicule est si lourd qu'il traine par terre. Effet renforcé par un gros rabaissement du toit et de la suspension.
Ecurie Brock Art Studio & Star York Sculpture
Point de poids en trop, mais un moteur survitaminé : 252,77 km/h
Super le Taxi !
Encore un grand classique du Rod, dépouillé, lissé, toit rabaissé. Base Ford 32.
La N° 282 du Team Blowfish, réalisera le Vendredi 299.551 mp/h soit 479,28 km/h...
On tutoie les sommets de la célérité sur terre...
La Salt Sabre, 171,799 mp/h, un bon 274,88 km/h
Un engin bizarre, calandre Mercedes, Moteur V8, avec...
Un turbo par cylindre ! La pression de suralimentation doit être terrible, faut bien que ça respire !
Une façon originale pour monter ou descendre de son véhicule.
Un Stream-Liner, sorte de dragster du lac salé.
Le team Safro & Friends atteindra aujourd'hui, avec cet engin une vitesse de 262,435 mp/h soit 419,90 km/h, 432 km/h le lendemain.
Le Team Vintage Racing réalisera 292,43 km/h avec ce joli petit Hot Rod qui ne paie pas de mine (Le moins que l'on puisse dire si c'était en France...).
Side réalisé sur base de Honda Goldwing, un montage plutôt complexe !
Un Steam Liner où le pilote est allongé à l'avant du véhicule. Sensations garanties !
Un superbe Leadsled, dans le plus pur style, tout ce qui dépassait a été supprimé pour donner un effet plus lisse.
Il y a parfois de la casse mécanique, et du pain sur la planche... à sel.
Hot Rod Hoodlums, vient de réaliser un très honorable 335,56 km/h avec ce Stream Liner.
On trouve quelques Harleys, et même des Indians, à l'image du très célèbre et regretté pilote Néo Zélandais Burt Munro .
Celle ci dépassera tout de même 224 km/h, loin des 295 km/h réalisés en 1967 par Munro avec sa Scout de 1924 (Il dépassa 331 km/h mais le record ne fut pas homologué).
Un Stream Liner, en cours de préparation, les gargarismes du moteur s'entendaient de très très loin.
Missile ?
Superbe Rod du Salty Fox Racing, 249 km/h
Une Chevrolet Impala, dérivée du Nascar, un gros V8 très affuté qui pousse fort jusqu'a 390,88 km/h
Suzuki Katana café-racerisé ? Salée pour sure !
Le BMR Ferguson Racing, avec ce magnifique Rod taperont 272,50 km/h
Après le Run, c'est détente, surtout lorsqu'il n'y a pas eut de casse.
Bonneville c'est aussi ça, de la bonne humeur, beaucoup de passion et des adultes avec des yeux d'enfants, unis dans le partage de la recherche du moindre atome de vitesse.
Sur l'étendue salée, il n'y a pas que des engins qui courent, il y a aussi ceux des proprios venus en visiteurs, souvent de superbes réalisations.
Un petit 238 km/h pour cette bête qui semblait pouvoir faire mieux.
L'air de rien ce petit Rod piloté par Robert H. Gratton ira au delà des 320 km/h...
Anthony Taormina amènera son étonnante Camaro à un peu plus de 330 km/h
Encore une magnifique réalisation sur la base d'un vieux pick up Ford.
Une Ford Thunderbird de 1955, superbement restaurée. Elle était équipée à l'époque d'un V8 5.1 L allant de 215 ch à 225 ch pour un poids de 1350 kg. Les performances étaient au rendez vous.
Ford produisit ce modèle en réponse à la Corvette de Chevrolet, et ce fut un succès, vendue 5$ de moins que sa concurrente, Ford vendit en 1955, 16155 Thunderbirds, soit 7 fois plus que la Corvette.
Elle est considérée comme une des plus jolies voitures produites aux USA.
Gordon Driedger au volant de sa Studebaker Starlight Coupé de 1953 dépassera 245 km/h lors d'un de ses runs.
Les stands, qui semblent s'étaler jusqu'au bout du lac.
Ce drôle d'engin, aux mains de Wally Kohler, dépassera 261 km/h
Surprise de taille : Une Mercedes 300 SL, la célèbre Mercedes aux portes papillons...
Le team RGS Motorsports, avoisinera 254 km/h avec cette belle GT de légende.
Quand je vous disais qu'il y avait des engins bizarres à Bonneville...
Une photo d'un Rod qui passe et le propriétaire me salut avec un large sourire ! Hi Guy !
Scott Oliver avec ce missile à roulettes va frôler 197 km/h
301,413 mp/h (482,26 km/h) pour le Mariani Farms avec ce très méchant Stream Liner.
Une construction très soignée.
Et une gueule d'enfer (comme le bruit de son moteur).
Un motor home très classe.
Une bonne vieille teutonne avec son carénage aérodinamik ! 500 cm3 et 98.167 mp/h.
Un pick up bien préparé pour les runs, un Dodge Ram à la déco très originale. Il pointera le bout de son capot à 217.704 mp/h soit un peu plus de 348 km/h.
Thunder Racing chronométré à 232.562 mp/h (372.09 km/h) avec cette barquette.
Une Suzuki 1300 Hayabusa, du team RT 66 Racing. "Les papys Hayabusas !" Une équipe fort sympathique, heureux de se laisser prendre en photo devant leur monture.
Le team RT 66 Racing, avec le pilote en salopette bleue. Je les retrouverai un peu plus tard sur la ligne de départ.
Une Harley, sous respiration artificielle grâce à un bon gros turbo !
Encore un beau motor home, sur le sel de Bonneville les installations des pros côtoient celles des amateurs.
Rod Camionnette... Sobre et classe.
Un Hot Rod très très méchant, un bruit venu de l'enfer, et une finition à couper le souffle...
Malgrès un beau camping car, avec la remorque et un magnifique Hot Rod, le propiétaire n'est pas venu pour courir... Dommage...
Un magnifique Pick Up Studebaker de 1949 de Norris Andersen, dépassa la veille les 325 km/h.
En 2010 cet utilitaire pour artisans pressés établit un nouveau record dans sa catégorie avec 350,93 km/h.
Pas mal pour un pick up de 63 ans qui moisissait dans une cour de ferme avant d'être restauré et transformé en "Salt Flat Racer"
Beaucoup moins méchant...
Quelques Rods, posés sur le sel, comme des sculptures mécaniques. Admirez la beauté simple et à la fois sculpturale de ces véhicules.
L'un de mes préférés...
Encore un énorme travail de préparation effectué sur cette luge de plomb.
Même recouvert de sel, ça a de la gueule !
Après avoir parcouru une bonne partie des stands, je me rends aux lignes de départ, ici l'ambiance est bonne enfant, et tant qu'on ne gène pas on vous laisse circuler entre les véhicules qui vont faire leurs runs, jusqu'a là ligne de départ.
C'est l'occasion d'en prendre plein les yeux et surtout plein les oreilles ! Les gros V8 survitaminés ne sont pas avares en décibels !
Pour planter le décors des runs à Bonneville, Il y a, si les conditions le permettent, 4 pistes de courses, 2 pistes combinant des courses sur 3 ou 5 miles, 1 piste de 3 miles, et 1 piste de 2 miles dédiée pour les "Rookie", les licenciés, et les runs de réglages et de tests.
Toutes les pistes font 100 pieds de large (30 m) et possèdent une partie de décélération de 2 à 3 miles en fonction de la longueur de la piste initiale.
Les débutants (rookies) doivent en premier lieu effectuer un run à moins de 150 mp/h pour pouvoir continuer la compétition.
Rod au départ, poussé et jolie ombrelle !
Hot Rod Works Com va atteindre 168.347 mp/h puis 185.543 mp/h (296.86 kmh) le dernier jour de la Speed Week.
Une légende Américaine au départ poussé, une Chevrolet Corvette, team Duffin Brothers Racing.
229.628 mp/h lors de ce run, soit 367,40 km/h, la légende est intacte !
231.708 mp/h le lendemain (370.73 km/h).
Un monstrueux Stream Liner, celui du Got Salt Racing.
Départ du run, au final 252,048 mph... un "petit" 403,27 km/h...
Le Truz Missile arrivera à 190.715 mp/h (305.14 km/h), le missile porte bien son nom !
Un peu plus de 409 km/h le lendemain, dans une telle caisse à savon les sensations doivent être énormes !
Ce drole d'engin, la Pflugerville Special, depassera tout de même 407 km/h.
Le Thundersalt de Brian & Celia Dean, ne marquera pas le chrono ce jour là pour avoir quitté la ligne,
par contre le lendemain il se rattrape en signant un 223.432 mp/h (357.49 km/h).
Bonner's Bad Berkley, et son magnifique Stream tout en rondeurs.
Il nous gratifie d'un 257.197 mp/h (411.51 km/h)...
Renck Robert, fera trois runs ce Lundi, le meilleur : 229.479 mp/h (367.16 km/h).
Une Italienne sur la surface salée. Le son de la diva change radicalement des râles des gros barytons US.
191.997 mp/h lors de ce run, 200.206 mp/h le lendemain, un honnête
320.32 km/h.
Un Pick Up en course, au mazout ! 180 km/h.
Un Hot Rod, rouillé et salé à souhait !
Entre deux lignes de départs, je m'arrête, l'œil attiré par ce drôle de pétaro... C'est d'abord la taille du turbo qui a accroché mon regard, puis la petitesse du moteur...
Et une bonbonne de Nitrous Oxyde, au cas ou...
Tout le monde a sa place à Bonneville, même un 250 cm3 - 2 temps avec pot de détente ! 186.94 km/h quand même !
Image relaxe d'un avant départ.
Les papys du RT 66 Racing au départ du run.
Malgrès leur bonhommie, ils ne sont pas là pour amuser le terrain mais surtout pour essorer de la poignée de gaz !
Et c'est parti...
Notre pilote et sa monture s'éloignent très rapidement
Il n'est plus qu'un point s'éloignant à l'horizon... Lors de ce run, il franchira la barre des 289 km/h, puis 293 km/h le lendemain, et enfin 297,211 km/h le Vendredi.
Pas mal les anciens !
Quelle belle ligne...
Team Puryear Boys Frightliner, 343.31 km/h...
Le "Rapid Fire" de Roger Manson, un Canadien à plus de 307 km/h...
Quand ça veut pas démarrer, ça veut pas ! Dennis Houg ne partira pas ce Lundi, et il n'aura pas plus de chance Mardi car son véhicule quittera la ligne de piste.
Les Mc Cambridge Bros. iront à plus de 344.20 km/h à bord de ce missile sol-sol...
Une très belle réalisation mécanique, celle de Ralph Wisher Jr avec ce dragster salé : 297.60 km/h
Il est intéressant de noter que cette vitesse est atteinte dès le quart de mile, soit au bout de 400 m...
Le team dépassera 353 km/h le Jeudi.
Un gros V8 gavé par deux très gros turbo-compresseurs.
De la glace pour refroidir, il fait un peu plus de 40°C à l'ombre (quand on en trouve !)
La conclusion du Speed Week de Bonneville 2012 c'est :
384 voitures et 202 motos qui ont couru, 3063 runs effectués, 89 record établis en auto et 76 en moto.
Nous quittons le Bonneville Salt Flats, non sans émotion, arrêt à la station pour une pause T-Shirt et une photo d'un superbe Truck... On ne se refait pas !
Voilà notre visite de Bonneville se termine, mais quelle journée nous avons vécu ce Lundi 13 Août, journée remplie de bruits, de chromes, de flammes, de mécaniques hors du commun et de sel, journée de lumière, blanche intense se mariant à l'horizon bleu, journée surtout remplie de passion partagée par tous ceux qui foulent ce satané sel. Nos mirettes sont éblouies pour un bon moment et nos oreilles bourdonnerons au son des gros V8 encore longtemps... Ce jour restera pour ma part gravé à jamais dans ma mémoire, avec l'envie de revenir.
Je comprends maintenant les Américains qui me disaient que lorsqu'on vient une fois à Bonneville, on revient à Bonneville. "You've got the Salt under the skin !" Comme ils disent ici ! Ce sel qui colle aux chaussure et aux pneus fini par vous coller à la peau et vous donner la fièvre, the Salt Fever !
Encore une expérience peu commune, faite de personnes attachante, comme les pilotes et leurs teams, encore une fois cette Amérique si prenante qui nous a fait vibrer de bonheur et d'émotion, avec ses grands enfants les yeux avides d'une ligne de run qui défile à toute allure pour aller décrocher les sommets de la vitesse.
Merci Bonneville pour ce pur moment de bonheur.